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ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

Budget du Québec 2020-2021 : peu de nouvelles ressources pour l’éducation des adultes

Budget du Québec 2020-2021« Faire plus et faire mieux » avec peu de ressources!

En éducation, le budget 2020 du gouvernement du Québec ne fait que confirmer ce que le budget 2019 annonçait : si les milieux de l’éducation et de l’apprentissage des adultes souhaitent « faire plus et faire mieux », ils vont devoir y parvenir avec des ressources limitées. Déjà dans le budget 2019, les investissements dédiés à l’éducation des adultes ou aux milieux non formels s’avéraient réduits et peu visibles. Aujourd’hui, force est de constater que le budget 2020 ne propose rien de mieux à l’éducation des adultes.

La réussite éducative

Le gouvernement du Québec affiche une volonté ferme de contribuer à la réussite éducative des jeunes. À ce titre, deux mesures du budget 2020 retiennent notre attention parce qu’elles touchent la formation générale des adultes (FGA) et la formation professionnelle (FP). 

  • Assurer un seuil minimal de services pour les élèves à besoins particuliers

Le gouvernement reconnaît dans l’énoncé de cette mesure l’importance de fournir aux élèves ayant des besoins particuliers un seuil minimal de services : « Le gouvernement s’engage à assurer un niveau de base de services éducatifs complémentaires dans chaque école et dans chaque centre d’éducation des adultes et de formation professionnelle, et ce, par des ressources qualifiées en matière de soutien aux apprentissages, d’accompagnement et de suivi pour les élèves à besoins particuliers. » (Budget 2020-2021 - Plan budgétaire : C12)

Quelque 126 M$ sur cinq ans, dont 20,8 M$ en 2020-2021, sont prévus pour « embaucher de nouvelles ressources professionnelles, de soutien et enseignantes » d’ici 2024-2025. Il est précisé que ces ressources profiteront aux secteurs de la formation générale des adultes et de la formation professionnelle. Il s’agit là d'une bonne nouvelle pour toutes les personnes, jeunes ou adultes, qui fréquentent ces secteurs.

Cela dit, les besoins en services spécialisés de ces deux secteurs qui accueillent de plus en plus d’adultes sont importants. L'ICÉA et ses partenaires du milieu de l’éducation formelle l’ont souligné à maintes reprises ces dernières années. Tout comme les jeunes, ces adultes ont eux aussi des besoins particuliers. Il s’agit souvent des mêmes besoins qu’ils avaient étant jeunes : des besoins parfois non satisfaits qui ont nui à leur réussite scolaire.

Comme le soulignait l'ICÉA à l’automne 2018, il « est difficile de mettre la main sur des statistiques concernant la présence des élèves en situation de handicap ou qui ont des difficultés d’adaptation ou d’apprentissage HDAA à la formation générale des adultes » (Dignard, 2018). Il y a tout lieu de croire que cette difficulté s’applique également à la formation professionnelle. Par ailleurs, rien ne permet de soutenir que la croissance des élèves à besoins particuliers observée au cours des dernières années chez les jeunes n'affecte pas aussi ces secteurs. 

Toute la question est maintenant de savoir si l’investissement annuel proposé par le gouvernement permettra d’atteindre le seuil minimal de service à atteindre. Selon l’analyse faite par l’IRIS du présent budget, ces sommes seraient « insuffisantes pour répondre aux besoins à la grandeur du Québec, d’autant plus que le nombre d'élèves en difficulté est en hausse depuis des années sans que les budgets ou les ressources suivent. (IRIS, 2020) » 

Pour l’avenir, il faut se demander quel seuil minimal de services a été fixé par le gouvernement et comment il l'a été. Il faudrait également chercher à obtenir des précisions sur l’état des besoins particuliers des adultes à la FGA et à la FP ainsi que le nombre de ressources supplémentaires qui auront effectivement été embauchées au cours de la prochaine année. 

Rappelons que le budget 2019-2020 prévoyait une somme récurrente de 47 millions $ sur cinq ans (un total de 235 millions $ en 2023-2024) afin de favoriser l’augmentation des services de soutien professionnel directs aux élèves. Le plan budgétaire 2020 n’apporte aucune précision quant à l’arrimage entre les mesures de 2020 et celles annoncées en 2019; pas plus qu’il n’apporte de précision sur l’augmentation des services réalisée au cours de la dernière année.

Pour en savoir plus sur la participation croissante des adultes à la FGA et à la FP, consultez les indicateurs de l'ICÉA suivants : Les adultes à la formation générale des adultes et Les adultes à la formation professionnelle.

  • Donner accès à des équipements de qualité

Le budget 2020 prévoit une somme de 17,5 M$ sur cinq ans, dont 3,5 M$ en 2020-2021, pour l’entretien des équipements de la formation professionnelle et de la formation générale des adultes. Le plan budgétaire fait ainsi état de l’importance de « maintenir les infrastructures scolaires en bon état » afin de contribuer « à la lutte contre la rareté de la main-d’œuvre pour des métiers en demande ». (Budget 2020-2021 - Plan budgétaire : C14)

La mise à niveau des équipements de la formation professionnelle, ou de la formation générale des adultes contribuera assurément à mieux former les travailleuses et les travailleurs de demain. Cela dit, l’accès aux ressources matérielles n’apparaît être que l’une des nombreuses conditions essentielles à l’apprentissage. À ce titre, la déclaration de l'ICÉA sur l’adéquation entre la formation et l’emploi cible également l’importance de développer une offre de formation flexible, à temps plein et partiel, disponible les soirs et les fins de semaine (ICÉA, 2019b).

L’accès à des équipements de qualité devrait être doublé d’un accès à une offre plus flexible : les adultes qui travaillent à temps plein devraient avoir eux aussi accès à la formation professionnelle par une offre à temps partiel, les soirs et les fins de semaine.

L’enseignement supérieur

Une somme de 300 M$ sur cinq ans, dont 60 M$ en 2020-2021, est consacrée à la promotion de la réussite en enseignement supérieur et à la réduction de la rareté de la main-d’œuvre. Le gouvernement vise un double objectif avec cette mesure : d’une part, « mettre en place un chantier sur la réussite afin d’accroître les taux de diplomation à l’enseignement supérieur » et, d’autre part, « inciter davantage d’étudiants à entreprendre et à réussir une formation aux cycles supérieurs, notamment dans les domaines les plus en demande tels que les sciences, la recherche, le génie et l’informatique. » (Budget 2020-2021 - Plan budgétaire : C16)

Quelque 190 M$ sur cinq ans, dont 38 M$ en 2020-2021, sont ainsi dédiés à la création de créneaux d’expertise en enseignement supérieur, à l’octroi de bourses en génie et en informatique, de même qu’à l’amélioration de la capacité de recherche des établissements universitaires. Ces mesures témoignent d’une ferme volonté de favoriser la réussite des adultes qui choisiront des champs d’études liés à des emplois en demande. Cependant, il faut à tout prix éviter que l’orientation donnée par le présent budget ne limite le développement de l’enseignement supérieur à ces seules priorités. Il faudrait par ailleurs s’assurer que ces mesures favorisent l’accès pour les femmes à des secteurs d’emploi à prédominance masculine (tels que le génie ou l’informatique).

L’intégration et le maintien en emploi des travailleuses et des travailleurs

Quelque 212,7 M$ sur cinq ans, dont 66,4 M$ en 2020-2021, sont dédiés à l’intégration et au maintien en emploi des adultes. La plus grande partie de cet investissement (160 M$ sur cinq ans, dont 60 M$ en 2020-2021) va à l’intégration des personnes immigrantes sur le marché du travail. Cette somme provenant du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration servira à « implanter de nouvelles mesures pour favoriser la réussite de la francisation et de l’intégration des personnes immigrantes » et à renforcer l’accompagnement offert à ces personnes (Budget 2020-2021 - Plan budgétaire : C68).

Rappelons que le budget 2019 prévoyait une somme récurrente de 146 millions $ sur cinq ans (un total de 730 millions $ en 2023-2024) afin de mettre en œuvre un nouveau parcours d’immigration pour intégration réussie. Ici aussi, le plan budgétaire 2020 n’apporte aucune précision quant à l’arrimage entre les mesures visant la francisation qui ont été annoncées en 2020 et celles de 2019. 

Comme autres investissements en formation, le plan budgétaire prévoit un montant annuel de 5,8 M$, pour un total de 29 M$ sur cinq ans, afin de bonifier la mesure de formation de la main-d’œuvre pour les entreprises offerte par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. L’objectif est de soutenir le développement des compétences numériques, notamment celles des travailleuses et des travailleurs expérimentés qui œuvrent dans des entreprises qui effectuent un virage technologique afin d’accroître leur productivité.

L'alphabétisation

L’alphabétisation ne fait l’objet d’aucune mesure spécifique dans le plan budgétaire 2020. Les données disponibles indiquent que le financement du Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation (PACTE) a été légèrement bonifié. L’enveloppe du PACTE, la principale source de financement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, s’élève désormais à 29,5 millions $, comparativement à 29,4 millions $ en 2018-2019. Ceci représente une augmentation de moins de 0,5 %. 

Rappelons ici que le PACTE assure le financement de plusieurs organismes communautaires, dont les groupes populaires en alphabétisation, les organismes communautaires de lutte au décrochage, les organismes communautaires de formation continue et des écoles de la rue. Consultez les indicateurs de l’éducation de l'ICÉA pour en apprendre plus sur l’évolution du financement du PACTE.

L’importance de l’investissement public en éducation des adultes

En février dernier, dans un mémoire présenté au gouvernement à l’occasion des récentes consultations budgétaires (ICÉA, 2020), l'ICÉA proposait l’adoption de deux grandes orientations budgétaires permettant de réunir les conditions d’un nouveau cycle de financement qui serait profitable à l’éducation des adultes et à toute la société québécoise. 

  • Financer les lieux de formation et soutenir les adultes

Dans un premier temps, des actions à court terme doivent être posées en matière de financement des lieux d’éducation des adultes et de soutien financier des personnes en formation. L'ICÉA suggérait à ce titre plusieurs mesures à mettre en œuvre au cours de la prochaine année.

Pour les adultes Pour les lieux de formation
  • Développer une formule de congé-formation adaptée à la condition des personnes participantes, qu’elles soient ou non en emploi, en accordant une attention particulière aux mesures destinées aux personnes marginalisées ou précarisées.
  • Hausser le financement de l’offre de formation des lieux d’éducation des adultes du secteur public et communautaire et généraliser un mode de financement par enveloppe ouverte.
  • Bonifier les mesures de conciliation famille-études-travail, notamment en assouplissant les horaires et en développant les services de garde sur place ou à proximité.
  • Accorder un financement permettant l’amélioration des conditions de travail du personnel, dans les milieux publics et communautaires, en particulier, rendre disponible un financement favorisant la création de postes permanents. 

Le fait est que l’insuffisance des ressources financières ou le coût des études, incluant le remplacement de salaire, sont des obstacles qui empêchent les adultes de se former. Ces réalités touchent toutes les factions de la population québécoise et les mesures proposées pour les adultes s’adresseraient à l’ensemble de ces personnes. Par ailleurs, en plus de créer de meilleures conditions de participation, l'ICÉA estime qu’il est important de veiller à ce que les lieux d’éducation soient en mesure de répondre aux besoins des personnes. À ce titre, l’amélioration des conditions de travail et une hausse du financement de l’offre de formation apparaissent être des mesures stratégiques. 

  • Rendre l’information sur le financement de l’éducation des adultes plus accessible

Pour l'ICÉA, ce nouveau cycle d’investissement en éducation des adultes doit s’accompagner d’une information budgétaire transparente, qui serait facilement accessible et qui permettrait de connaître l’état du financement offert par l’État et l’ampleur des besoins des adultes. 

Le financement de l’éducation des adultes est un véritable casse-tête. Les modes de financement diffèrent d’un secteur à l’autre et chacun d’eux est complexe. Par ailleurs, il est difficile d’obtenir des données, cela, même des experts des différents secteurs. Pour ces raisons, l'ICÉA proposait que le prochain budget favorise un plus grand accès à l’information, que ce soit par la création d’un nouveau comité d’experts sur le financement de l’éducation des adultes1 ou par l’adoption d’une approche de « données ouvertes » qui permettrait de rendre public l’ensemble des données financières2.

Conclusion

Alors que le premier budget du gouvernement Legault confirmait le retour d’une certaine stabilité dans le financement dédié à l’éducation. Le second budget de ce gouvernement confirme son manque d’engagement à l’égard de l’éducation et de la formation des adultes. Hormis les quelques mesures touchant la formation générale des adultes et la formation professionnelle, on n’y retrouve aucune mesure spécifique destinée à l’éducation des adultes ou aux milieux d’éducation non formelle. 

Par ailleurs, force est de constater – cette année encore – que les mesures proposées en lien avec la formation en milieu de travail contribuent peu à la mise en œuvre, dans les milieux de travail, de pratiques visant le développement continu des compétences des personnes. Les mesures soulignées dans ce texte illustrent bien le caractère ciblé des investissements faits par le gouvernement du Québec, dont l’action en éducation des adultes se limite à priorités du marché de l’emploi. 

Ces conclusions rappellent des défis majeurs liés à l’éducation des adultes : des défis que seule une action interministérielle peut permettre de relever. Bref, ces conclusions soulignent toute l’importance d’adopter une nouvelle politique globale d’éducation des adultes (ICÉA, 2019a). 

Rappelons qu’une telle politique permettrait de mettre en œuvre les actions suivantes :

  • Traiter dans une politique distincte les conditions de développement de l’éducation des adultes ;
  • Coordonner les politiques et les actions ministérielles afin de relever les multiples défis de l’éducation des adultes et d’en cerner les enjeux ;
  • Proposer une réponse globale aux demandes sociales et individuelles d’apprentissage dans des domaines variés ;
  • Lever les obstacles à l’éducation des adultes afin de donner la chance à toutes et à tous d’améliorer leur sort et d’augmenter leur mobilité sociale et professionnelle ;
  • Mobiliser et coordonner tous les lieux d’éducation et de formation des adultes, déjà établis ou en émergence, afin de surmonter les défis d’apprentissage des adultes évoluant au sein d’une société du savoir et de cerner les enjeux qui s’y rattachent ;
  • Corriger les inégalités qui entraînent l’exclusion d’une partie de la population dans une société du savoir polarisée sur le plan éducatif (le 2/3 de la population étant fortement scolarisée et le 1/3 se trouvant insuffisamment ou faiblement scolarisée) ;
  • Reconnaître tous les acquis et toutes les compétences, peu importe la source des apprentissages, dans le but de favoriser la poursuite du parcours éducatif et de formation en plusieurs lieux d’apprentissage ;
  • Entreprendre une action globale, soit interministérielle, pour contrer le fonctionnement en silo, faciliter la compréhension des défis et des enjeux, et trouver les réponses appropriées.

Notes

1. Un tel comité a été créé par le gouvernement du Québec en 2004. Consulter la référence suivante : Ministère de l’Éducation. (2004). Cap sur l’apprentissage tout au long de la vie. Rapport du comité d’experts sur le financement de la formation continue. Québec : Ministère de l’Éducation. http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/dpse/educ_a...
2. Consulter le chapitre 1 de l’avis sur le financement de l’éducation des adultes produit par l'ICÉA : Le droit à l’éducation des adultes a un prix, novembre 2019 : https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/ICÉA_Avis_financement_EA_Fina....

Références bibliographiques

Québec (2020). Budget 2020-2021, Plan budgétaire, Gouvernement du Québec, mars 2020. [En ligne] http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/2020-2021/fr/documents/Plan... (Consulté le 16 mars 2020.)

IRIS (2020). « Deuxième budget Girard: la naissance du conservatisme écologique », Billet, 10 mars 2020, par Eve-Lyne Couturier et Guillaume Hebert, Blogue de l’Institut de recherche d’informations socioéconomiques (IRIS). [En ligne] https://iris-recherche.qc.ca/blogue/budget-provincial-2020?mc_cid=9c9654... (Consulté le 16 mars 2020.)

ICÉA (2020). Recommandations soumises par l’ICÉA au ministre des Finances dans le cadre des consultations prébudgétaires, Mémoire de l'ICÉA présenté au ministre des Finances du Québec dans le cadre des consultations prébudgétaires, Février 2020. [En ligne] http://consultations.finances.gouv.qc.ca/Consultprebudg/2020-2021/memoir... (Consulté le 16 mars 2020.)

ICÉA (2019a). Pour une politique globale d’éducation des adultes, Document d’orientation de l’ICÉA en faveur de l’adoption par le gouvernement du Québec d’une nouvelle politique d’éducation des adultes. [En ligne] https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/IC%C3%89A%20-%20Document%20d%2... (Consulté le 16 mars 2020.)

ICÉA (2019b). Pour une vision large de l’adéquation entre la formation et l’emploi, Déclaration de l’ICÉA adoptée le 14 mai 2019 par le conseil d’administration de l’ICÉA. [En ligne] https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/ICEA_Declaration-sur-adequatio... (Consulté le 16 mars 2020.)

Dignard, H. (2018). « Priorité à l'éducation : la FGA doit elle aussi en profiter! », Actualité ICÉA, vendredi 30 novembre 2018. [En ligne] https://icea.qc.ca/fr/actualites/priorité-à-léducation-la-fga-doit-el... (Consulté le 16 mars 2020.)