ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Nuancer l'analphabétisme tout en faisant la promotion de l'éducation tout au long de la vie

Adultes qui écriventEn juillet dernier, monsieur Pierre Fortin, économiste, publiait dans l’Actualité un texte sur le niveau d’analphabétisme au Québec. L’idée principale de son papier consiste à dire qu’il est franchement exagéré d’avancer que 53 % de la population québécoise est analphabète fonctionnelle.
 
Il est intéressant que M. Fortin nuance le concept d’analphabète fonctionnel. Comme il le soutient, si (et seulement si) ces personnes se débrouillent bien dans la vie de tous les jours, il est difficile de les qualifier d’analphabètes. Cela dit, il faut offrir à ces personnes des moyens d’augmenter leurs compétences. Les compétences réfèrent à la capacité de lire (littératie), de compter (numératie) et de résoudre des problèmes aux moyens des nouvelles technologie1.
 
Visiblement, plus de la moitié de la population québécoise n’a pas atteint un niveau de littératie suffisamment élevé pour exprimer son plein potentiel et en faire profiter l’ensemble de la société. Or, on sait que plus les personnes ont des niveaux de littératie et de numératie élevés, plus leurs conditions socio-économiques, politiques, culturelles et de santé s’améliorent2. Autrement dit, il reste beaucoup de chemin à faire pour permettre à plus de la moitié de la population d’améliorer ces conditions de vie.
 
Il est aussi intéressant que M. Fortin situe le Québec par rapport aux « 24 pays les plus avancés ». Nous constation que le Québec se situe dans la moyenne. Cela dit, encore une fois, il ne faudrait pas se contenter de cette position. Il faut plutôt mettre de l’avant l’éducation pour toutes et tous et, surtout, l’éducation tout au long et au large de la vie.
 
Voilà d’ailleurs où l’analyse de M. Fortin est limitée. Il semble adopter une position déterministe; comme si tout se joue avant 44 ans. En effet, il nous invite à mesurer le taux de littératie au Québec en tenant compte seulement des personnes de 25 à 44 ans. Les 16 à 24 ans sont en formation, dit-il, alors que les personnes plus âgées, soit de 45 à 65 ans "eux, relèvent du passé plutôt que du présent. Ils ont connu un déclin naturel dû à l’âge...". Or, les niveaux de littératie et de numératie au Québec ne devraient pas se mesurer à l’aune des 25 à 44 ans, pas plus d’ailleurs que des 16 à 65 ans. Il faut aussi tenir compte de la population des 65 ans et plus. 
 
En adoptant cette posture, M. Fortin oublie que l'éducation des adultes peut contribuer à faire fléchir les taux d'analphabétisme et de personnes sans diplôme. De plus, son analyse laisse penser que les personnes de 45 ans et plus ne peuvent pas améliorer leur niveau de littératie et de numératie. À ce titre, M. Fortin semble adopter un point de vue restreint de l'éducation qui va tout à fait à l'encontre de l'apprentissage tout au long et au large de la vie. 
 
Les membres de l’ICÉA peuvent témoigner que les personnes de 45 ans et plus sont capables d’apprentissage quand elles ont accès à des activités de qualité et qui répondent à leurs différents besoins. Non seulement elles en sont capables, mais nous devons soutenir et développer les services d’éducation des adultes pour améliorer tant le bien-être des individus de tout âge que celui de l’ensemble de la société. Cette approche, contrairement à celle de M. Fortin, est résolument du côté de l’éducation démocratique et humaniste.
 
1Institut de la statistique du Québec (ISQ). 2015. Les compétences en littératie, en numératie et en résolution de problèmes dans des environnements technologiques : des clefs pour relever les défis du XXIe siècle. Rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA). Québec : Gouvernement du Québec, p. 41-42 (249 p.). En ligne : http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/education/alphabetisation-litter...
2Heisz, Andrew, Notten, Geranda et Jerry Situ. 2016. Le lien entre les compétences et le faible revenu. produit no. 75-006-X-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa.