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ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

Indicateurs : amélioration des acquis et persistance des inégalités

Plus haut niveau de scolarité des adultes

Les données compilées en lien avec le niveau de scolarité des adultes de 25 à 64 ans mettent en lumière des changements qu’on peut associer à une amélioration du profil éducatif des adultes. Comme l’illustre l’encadré 1, les proportions d’adultes sans diplôme ou dont la scolarité ne dépasse pas le 2e cycle du secondaire ont diminué entre 2008 et 2019. Parallèlement, les proportions de personnes ayant un niveau de scolarité collégial ou universitaire ont augmenté. 

Encadré 1 - Hausses et baisses concernant la scolarité des adultes

Au cours de la dernière décennie, le Québec est passé d’une situation initiale où le niveau de scolarité de plus de la moitié des adultes de 25 à 64 ans ne dépassait pas le 2e cycle du secondaire (54 %, en 2008), à une situation bonifiée, où plus de la moitié des adultes de 25 à 64 ans ont une scolarité de niveau postsecondaire (55 %, en 2019). 

Cette évolution est encourageante. Cependant, elle souligne le fait que le Québec éducatif demeure partagé en deux : en marge de la majorité de personnes qui disposent des acquis éducatifs pour assurer leur autonomie dans une société du savoir, on retrouve toujours une minorité de personnes confrontées à des inégalités éducatives qui contribuent à leur marginalisation.

Les adultes sans diplôme

Au sein de cette minorité, les personnes sans diplôme sont plus à risque de se retrouver en situation d’exclusion. Ces adultes sont confrontés à des obstacles qui affectent leurs conditions de vie (encadré 2). Ils sont moins en emploi et plus en chômage, ils disposent de revenus moins élevés et ils participent moins à la formation formelle et non formelle. Voilà autant d’inégalités éducatives à combattre.

Encadré 2
Emploi et chômage Les adultes de 25 ans et plus sans diplôme affichent des taux d’emploi inférieurs ainsi que des taux de chômage supérieurs à ceux des adultes ayant un diplôme.
Emploi :
  • 50 % des hommes ayant fait des études secondaires partielles et 25 % des hommes ayant un secondaire 2 ou moins sont en emploi, comparativement à 63 % des hommes ayant terminé des études secondaires.
  • 30 % des femmes ayant fait des études secondaires partielles et moins de 10 % des femmes ayant un secondaire 2 ou moins sont en emploi, comparativement à 47 % des femmes ayant terminé des études secondaires.

Chômage : 

  • 13 % des hommes ayant un secondaire 2 ou moins sont en chômage contre 7,3 % de ceux des hommes ayant terminé des études secondaires.
  • 11,6 % des femmes ayant un secondaire 2 ou moins sont en chômage contre 5,4 % de ceux des femmes ayant terminé des études secondaires.
Revenu Les adultes de 25 à 64 ans sans diplôme ont des revenus d’emploi moins élevés que ceux ayant un diplôme.
  • Les hommes ayant un diplôme d’études secondaires gagnent en moyenne 6300 $ de plus par année que ceux qui n’en ont pas.
  • Les femmes ayant un diplôme d’études secondaires gagnent en moyenne 7400 $ de plus par année que celles qui n’en ont pas.
Participation à la formation

Les taux de participation à des activités de formation des adultes de 18 à 65 ans sans diplôme sont systématiquement plus bas que ceux de leurs homologues avec diplôme.

  • Près de 15 % des adultes ayant un diplôme participent à des activités de formation formelle, contre moins de 8 % des adultes sans diplôme.
  • La moitié des adultes ayant un diplôme (50 %) participent à une activité de formation non formelle (tous types confondus), contre 20 % des adultes sans diplôme. 

Ces barrières sont bien réelles pour les personnes sans diplôme et celles appartenant à certaines populations à risque comme les Autochtones ou les personnes immigrantes. Les personnes membres de ces populations, surtout celles sans diplôme, affichent des taux d’emploi inférieurs, des taux de chômage supérieurs et un revenu après impôt médian inférieur à ceux des personnes sans diplôme qui ne sont pas des Autochtones ou qui sont nées au Canada (encadré 3). Quant aux femmes membres de ces populations, on observe que leur situation est souvent plus précaire que celle des hommes, même si elles s’avèrent plus scolarisées.

Encadré 3

Encadré 3

Autochtones Emploi et chômage
  • Moins de la moitié (42,7 %) des Autochtones de 25 à 64 ans sans diplôme sont en emploi et 20,5 % sont en chômage et, avec un taux de 20,5 %, ils sont deux fois plus susceptibles d’être en chômage que les non-Autochtones du même groupe d’âge n’ayant pas de diplôme.

Revenus

  • Le revenu après impôt médian des Autochtones de 25 à 64 ans sans diplôme est de 20 425 $, soit plus de 2000 $ de moins que les non-Autochtones n’ayant pas de diplôme.
Personnes immigrantes Emploi et chômage
  • Les personnes immigrantes sans diplôme de 25 à 64 ans affichent des taux d’emploi inférieurs aux personnes nées au Canada sans diplôme (53,9 % contre 55,6 %).
  • Elles affichent également des taux de chômage plus élevés que les personnes nées au Canada sans diplôme (12,3 % contre 10,5 %).

Revenus

  • Le revenu après impôt médian des personnes immigrantes sans diplôme de 25 à 64 ans est de 20 672 $, soit plus de 2500 $ de moins que les personnes nées au Canada sans diplôme.

Adultes de 25 à 64 ans sans diplôme

En 2019, le Québec comptait 10 % d’adultes de 25 à 64 ans sans diplôme d’études secondaires. Ce taux est à la baisse comparativement à 2014, alors qu’il s’établissait à 13 %. Cela dit, quel que soit le groupe d’âge, le Québec affiche des proportions d’adultes sans diplôme plus élevées que la moyenne canadienne (8 %).

Selon l’âge, le plus faible pourcentage de personnes sans diplôme est observé chez les adultes de 35 à 44 ans (7 %, comparativement à 16 % chez les 55 à 64 ans). Finalement, les hommes québécois sont proportionnellement plus nombreux à ne pas avoir de diplôme que les femmes, quel que soit leur âge. 

Les adultes ayant un faible niveau de littératie

Il faut rappeler l’obstacle qu’un faible niveau de compétences en littératie représente pour les adultes québécois. Les résultats du Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA, 2012) indiquent qu’une personne sur cinq au Québec est susceptible d’éprouver des difficultés ou de grandes difficultés à comprendre l'écrit (Lire pour apprendre, comprendre et agir, 2015 – Positionnements stratégiques de l'ICÉA).

Globalement, le Québec compterait ainsi plus d’un million de personnes de 16 à 65 ans se classant aux niveaux les plus bas de l’échelle de littératie. Il s’agit là d’une population non négligeable, au sein de laquelle on retrouve de fortes proportions de personnes sans diplôme, en chômage ou inactives sur le marché du travail.

Outre les barrières en matière d’emploi, de chômage et de rémunération, les personnes ayant de faibles compétences en littératie sont en butte à de nombreux autres obstacles :

Répondre aux défis d’une demande éducative en croissance

Ces constats concernant les acquis des adultes et la persistance d’inégalités éducatives au sein de notre société nous rappellent l’importance de répondre aux défis d’une demande éducative en croissance.

La situation pandémique des derniers mois a mis en évidence la transformation de notre société. Aujourd’hui plus visibles, ces changements affectent toutes les sphères de notre vie (santé, emploi, consommation, finances personnelles, virages numériques et technologie, vivre-ensemble, modes de communications, rapports sociaux, etc.). Aujourd’hui plus que jamais, il faut détenir des connaissances et des compétences variées dans de nombreux domaines (ICÉA, avril 2020; ICÉA, 2021) ou encore être capable « de trouver ce que l’on sait ou ce que l’on peut savoir sur n’importe quel sujet » (Simonnot, 2009).

La formation et l’apprentissage tout au long de la vie peuvent nous aider à relever ces défis éducatifs. Pour ce faire, il faut mobiliser l’ensemble des lieux d’apprentissage du Québec et tenir compte des lieux d’apprentissage en émergence. Par ailleurs, il faut garantir l’égalité d’accès à tous ces lieux, pour tous les adultes et à tous les âges de la vie. 

Voilà pourquoi le Québec doit se doter d’une politique globale d’éducation des adultes; une politique permettant de soutenir financièrement, matériellement et humainement des parcours d’apprentissage qui s’adressent à tous les adultes. 

Ce type de soutien se fait toujours attendre. Le Québec bénéficie d’une infrastructure éducative riche de nombreux lieux d’apprentissage, mais ces lieux ne sont pas également accessibles à tous. Qui plus est, le financement public en éducation, surtout en ce qui concerne la formation professionnelle ou à l’emploi, est orienté vers des priorités du marché du travail : cela limite les possibilités d’apprendre et même les possibilités d’avoir accès à l’apprentissage. Cette façon de faire ne permet pas de contrer les inégalités éducatives, ni même d’éviter leur reproduction.

Références

ICÉA (2021). Orientations stratégiques en éducation des adultes, Survol et bilan des analyses de l’ICÉA (2016-2021), document 1, Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA), 16 p. En ligne : https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/ICA-DO~3.PDF (Consulté le 24 janvier 2022).

ICÉA (avril 2020). « Les adultes en apprentissage en temps de crise sanitaire », Nouvelles, site Web de l'ICÉA, 16 avril 2020. En ligne : https://icea.qc.ca/fr/actualites/les-adultes-en-apprentissage-en-temps-de-crise-sanitaire-0 (Consulté le 24 janvier 2022).

OCDE (2013). Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2013 : Premiers résultats de l’Évaluation des compétences des adultes, Éditions OCDE, 484 p. [En ligne] https://www.oecd.org/fr/competences/piaac/Skills%20(FR)--eBook_Final_B%C3%A0T_06%20dec%202013).pdf  (Consulté le 24 janvier 2022).

OCDE (2012). Des compétences meilleures pour des emplois meilleurs et une vie meilleure : panorama de la stratégie de l’OCDE sur les compétences, Éditions OCDE, 28 p.

UNESCO (2010). The Social and Economic Impact of illiteracy, analytical model and pilot study, UNESCO, Santiago, 79 p. [En ligne] http://unesdoc.unesco.org/images/0019/001905/190571E.pdf (Consulté le 24 janvier 2022).

UNESCO (2006). L’alphabétisation, un enjeu vital, Rapport mondial de suivi sur l’EPT, UNESCO, Paris, 464 p. [En ligne] http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001455/145595F.pdf (Consulté le 24 janvier 2022).

World Literacy Foundation (2015).The Economic & Social Cost of Illiteracy A snapshot of illiteracy in a global context 24 August 2015, Final report from the World Literacy Foundation, World Literacy Foundation, 11 p. [En ligne] https://worldliteracyfoundation.org/wp-content/uploads/2021/07/TheEconomicSocialCostofIlliteracy-2.pdf (Consulté le 24 janvier 2022).

Simonnot, B. (2009). « Culture informationnelle, culture numérique : au-delà de l’utilitaire », Lavoisier, Les cahiers numériques, vol. 5, no 3, 2009,  pp. 25-37. En ligne : https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-du-numerique-2009-3-page-25.htm (Consulté le 13 décembre 2021).

STATISTIQUE CANADA (2008). Contribution de la littératie à la croissance économique et aux gains des particuliers, Statistique Canada, Ottawa, [En ligne] http://www.statcan.gc.ca/pub/81-004-x/2004006/7780-fra.htm, (Consulté le 21 janvier 2022).

CMEC et EDSC (2017). Maîtrise des compétences chez les immigrantes et les immigrants au Canada : Résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), Conseil des ministres de l’Éducation (Canada) et Emploi et Développement social Canada, Toronto, 93 p. [En ligne] http://www.peicacda.ca/docs/PIAAC%202012%20Immigrants%20Canada%20Final%2... (Consulté le 21 janvier 2022).