Icône de Facebook
Icône de LinkedIn
 

ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

Des personnes en situation de vulnérabilité oubliées : les personnes ayant un handicap

Personnes en situation de handicapDepuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires et politiques prennent des mesures pour protéger la population et surtout, disent-elles, les personnes aux prises avec une situation de vulnérabilité. Les personnes en situation de handicap (PSH) comptent certainement parmi celles qui vivent une plus grande vulnérabilité que l’ensemble de la population. Et pourtant, elles sont très peu visibles et nommées comme faisant partie des préoccupations des autorités.

Invisibilisées et toujours inégales

Plusieurs organisations dédiées aux PSH déplorent l’invisibilité de leurs membres : « Elles sont invisibles, jamais spécifiquement nommées dans les conférences de presse et leur cri d’alarme prend de l’ampleur dans les réseaux sociaux »1.  C’est ainsi que s’exprimaient Hélène Lépine et Jean-Pierre Robin, respectivement présidente et président de l’Institut national pour l'équité, l'égalité, l'inclusion des PSH (INÉÉ-PSH) et du Réseau international sur la Processus de production du handicap (RIPPH) le 8 avril dernier dans une lettre ouverte adressée aux décideurs.

Le RIPPH a d’ailleurs organisé un échange en ligne le 29 avril 2020 où une centaine de personnes ont témoigné de cette invisibilité, mais aussi du manque flagrant d’adaptation des services aux personnes en situation de handicap. Par exemple, y faisait-on remarquer, le matériel gouvernemental d’autosoin n’est pas accessible à toutes les PSH. Aussi, il a fallu une semaine avant que les conférences de presse soient accompagnées de traductrices en langue des signes (LSQ). Il semble aussi que les autobus permettaient seulement aux personnes en fauteuil roulant de passer par la porte de devant. Or, plusieurs autres personnes en situation de handicap, par exemple celles accompagnées d’un chien guide, devraient avoir accès à la porte de devant.

L’INÉÉ-PSH et le RIPPH rappellent combien les inégalités sont exacerbées en cette période de crise sanitaire :

« la COVID-19 nous fait réaliser que nous sommes inégaux dans ce confinement et cette catastrophe sociale. Spécifiquement, les femmes handicapées sont elles aussi confrontées à la violence conjugale, sauf que pour elles, les ressources d’aide ne répondent pas souvent adéquatement à leurs soins. Malgré tous leurs efforts, les Maisons d’hébergement et les refuges répondent peu ou pas aux besoins d’adaptation et d’équipements nécessaires pour les soutenir ainsi que leurs enfants. »1 

La situation est aussi complexe pour les adultes en formation qui se trouvent en situation de handicap. Pourtant, le nombre d’étudiantes et étudiants en situation de handicap (ÉSH) ne cesse d’augmenter au postsecondaire. En 2018-2019, 18 064 ÉSH ont fait appel aux services adaptés de leur institution universitaire2 alors qu’en 2016, on en comptait 17 225 au collégial3

Les étudiantes et étudiants en situation de handicap au postsecondaire

Le 1er avril dernier, l'Association québécoise pour l'équité et l'inclusion au postsecondaire a réalisé un sondage auprès des étudiantes et étudiants en situation de handicap (ÉSH) qui fréquentent un cégep ou une université en ce qui concerne les propositions de formation à distance. Les résultats révèlent plusieurs lacunes pour les ÉSH. La formation à distance pose problème à plusieurs niveaux :

« Pour ce qui est de rendre les cours accessibles aux ÉSH, ce ne sont pas toutes les plateformes [numériques des institutions postsecondaires] qui sont universellement accessibles. »4, par exemple pour les personnes en situation de handicap visuel. 

Selon le sondage, les cours sur vidéos ne sont pas toujours sous-titrés ou accompagnés d’un interprète en LSQ. Si le cours n’est pas enregistré et ne peut pas être écouté par la suite, il n’est pas évident que les personnes faisant appel à d’autres pour prendre des notes de cours pourront avoir accès à un tel service.

Les PSH sondées sont également inquiètes relativement aux nouvelles modalités d’évaluations. Est-ce que les ententes d’accommodement tiendront toujours (prendre plus de temps pour passer un examen, par exemple)?

Les ÉSH vivent aussi les difficultés communes aux autres étudiantes et étudiants, mais souvent elles font face à plus d’obstacles pour trouve une solution. Par exemple, plusieurs résidences universitaires ont été fermées. Or, certaines PSH ont besoin d’aménagement particulier dans leur logement. Il devient alors plus difficile de se reloger, surtout en période de pénurie de logements dans les centres urbains. 

Certains ÉSH sont aussi parents. Or, « un ancien étudiant membre du Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ) dit qu’il a testé la plateforme « école ouverte ». Son constat est que la plupart des interfaces web et des documents (fichiers PDF, vidéos, etc.) ne sont pas ou peu accessibles, donc non compatibles avec des logiciels de synthèse vocale »4.

La perte de revenu ou la crainte de ne pas trouver un emploi cet été est d’autant plus difficile lorsque le handicap entraîne des frais pour les médicaments, les accommodements des espaces de vie ou d’étude.

Cela dit, des solutions existent. 

Pistes de solution

Un participant à l’échange organisé par le RIPPH le 29 avril disait que les personnes en situation de handicap sont généralement les plus touchées en temps de catastrophe, que ce soit un tsunami ou une catastrophe nucléaire. La solution à cela est de prévoir des plans d’urgence qui sont « inclusifs », et ce, avant même qu’une crise se présente :
« ll est essentiel de penser des plans d’urgence inclusifs en parfaite adéquation avec les conventions permettant l’exercice des droits et l’accès aux mêmes ressources que le reste de la population de façon équitable et égalitaire. »

Il est aussi important de sonder les étudiantes et étudiants en situation de handicap pour mieux connaître leurs besoins et les intégrer dans la recherche de solutions.

En matière d’enseignement, on peut initier et former le personnel aux fondements de la Conception Universelle de l’Apprentissage (CUA)4.

« Une enseignante de cégep dit qu’elle compense en enseignant avec des présentations PowerPoint très détaillées, avec énormément de contenu visuel. Elle présente en donnant le même contenu à l’oral qu’au visuel le plus possible »4

On prône également d’utiliser plusieurs moyens. Par exemple, pour les personnes qui n’ont pas d’ordinateur, une professeure s’est assuré que les travaux sont faisables sur un téléphone intelligent. Pour celles qui n’ont pas accès à internet parce qu’elles sont dans une région où il ne se rend pas, l’enseignante est joignable par téléphone.

Par ailleurs, des professeures ont besoin d’aide pour rendre accessibles leurs matériels. Le soutien de l’institution est donc de mise afin que les adaptations ne reposent pas sur la volonté ou la capacité individuelles des enseignantes et enseignants.

Tirer les leçons de la situation présente et apporter les améliorations

La situation actuelle, bien que déplorable et dramatique dans certains cas, peut servir de tremplin pour améliorer l’accessibilité à l’enseignement offert aux adultes en situation de handicap.

L'Association québécoise pour l'équité et l'inclusion au postsecondaire entend refaire un sondage à la fin de la pandémie afin d’en tirer des leçons et d’appliquer des mesures pour améliorer l’accessibilité et l’inclusion. Nous suivrons de près les résultats de ce deuxième sondage.

_______________________________________________________________________________________________

1RIPPH & INÉÉI, 8 avril 2020, « Lettre ouverte à nos décideurs : Les personnes en situation de handicap ne peuvent pas être mises en pause! » Consulté 29 avril : https://www.facebook.com/notes/in%C3%A9%C3%A9i-psh-institut-national-pou...

2Association québécoise interuniversitaire des conseillers aux étudiants en situation de handicap. 2019. Statistiques concernant les étudiants en situation de handicap dans les universités québécoises, p. 8. Consulté le 30 avril 2020 : https://www.aqicesh.ca/wp-content/uploads/2020/02/Stat-Aqicesh-18-19-san...

3Fortier, Marco, 7 mars 2018, « Le nombre d’étudiants souffrant de déficience bondit dans les établissements postsecondaires », in Le Devoir. Statistiques données par la Fédération des cégeps. Consulté le 30 avril 2020 : https://www.ledevoir.com/societe/education/522005/enseignement-superieur...

4L'Association québécoise pour l'équité et l'inclusion au postsecondaire, 8 avril 2020, « Consultation avec étudiants en situation de handicap sur les cours à distance ». Consulté le 29 avril 2020 : https://aqeips.qc.ca/publications/rapports/consultation-avec-etudiants-e...